Le Lubéron est connu pour sa douceur de vivre, ses ocres, ses villages fortifiés et hauts perchés tels Loumarin, Gordes, Saignon, Bonnieux, Ansouis, Ménerbes, Buoux, Murs, Oppède, Caseneuve… Une région que j’affectionne où je rêve de nous installer. J’habite en Lorraine alors que je suis une fille de l’été. Allez comprendre le paradoxe.
Être en vacances dans ce coin de paradis du Lubéron sans aller à Lacoste, un des plus beaux villages de France est inconcevable. Si vous passez par là, faites le détour. Ses nombreuses rues en calade, fontaine et lavoir, ses façades Renaissance, les vestiges de fortifications avec ses remparts et portes… Tout est charmant, époustouflant.
Commençons la balade qui tombe à pic, si j’ose dire, et empreinte d’émotion puisque je sortais de la lecture de La marquise de Sade.
Vue depuis le temple de Lacoste sur le le petit Lubéron qui culmine à 727m
Vue sur Bonnieux, autre plus beaux villages de France
Au détour d’un virage de la calade qui mène au château de Sade..
Figuier qui tente de s’implanter dans ce site si beau
Continuons jusqu’au beffroi, en longeant les façades du XVIème siècle d’inspiration médiévale. En Provence, on appelle campaniles ces dômes de fer forgé couronnant l’horloge du village et supportant la cloche qui sonne les heures mais aussi sonne le glas. Celui de Lacoste est curieusement planté sur 4 piliers.
Admirons le caladage. Les ruelles qui mènent au château ont été restaurées, en partie grâce à un mécénat populaire. Oui, je ne puis résister à mettre mon pieds.
Agréable montée de la calade avec ses pas-d’âne ou pas de mule
Nous débouchons sur l’esplanade du château. Découvrons sur le parvis l’ « Arbre de Vie » statue de Ettore Greco. L’homme semble naître de l’arbre. Est-ce pour nous faire comprendre nous nous sommes liés à la Nature ?
Les ruines du château du Marquis de Sade
Construit au XIème siècle, il fût jusqu’au XVIIème siècle la propriété de la famille Simiane issue de la maison d’Agoult avant de devenir la propriété de la famille de Sade en 1716. Dans les années 1790, au milieu de la Révolution française, il fut saccagé par les villageois qui pillèrent les pierres pour construire leurs propres maisons. Le château fut ensuite abandonné pendant 150 ans.
Le marquis de Sade y séjourna de 1769 à 1772, entre le scandale d’Arcueil et celui de Marseille, puis après celui-ci et sa fuite en Italie, s’y réfugia jusqu’à son incarcération audonjon de Vincennes en 1777. Évadé lors de son transfert à Aix, il s’y abritera une dernière fois du 16 juillet au 7 septembre 1778 avant d’être reconduit à Vincennes.
Cette statue du Divin Marquis laisse infiniment perplexe par sa symbolique. Elle est l’oeuvre d’ Alexandre Bourganov. La tête est emprisonnée mais les bras et les mains sensuellement posées sur les bras sont libres.. Par erreur, elle est souvent attribuée au sculpteur japonais Yasuo Mizui qui habita à Lacoste de 1997 jusqu’à sa mort en 2008 . Il sculpta une gigantesque oeuvre le mur de l’espoir en hommage à James Dean dans son jardin Lacoste.
Sculpture Bienvenue de Alexander Bourganov
C’est en 1772, Donatien de Sade fit son plus long séjour, au cours duquel il se fit construire dans son château un théâtre pouvant accueillir 120 spectateurs. Tout au long de ses internements, il aura pour La Coste « un attachement extraordinaire ».
La descente facilitée par les pas-d’ânes.
Le temple du XIXéme est devenu salle communale.
Château Lacoste sauvé par André Bouer et Pierre Cardin
En 1955, André Bouer, un professeur, devient propriétaire et entreprend la restauration. Soutenu par son épouse, il organise durant 4 années, un « Festival de Lacoste » au cœur des ruines illuminées. Cependant, âgé, lui qui a consacré sa vie à la restauration du Château, appelle de tous ses vœux un mécène. A son décès son épouse Nora contacte Pierre Cardin. Cardin est un mécène. Cardin est séduit : en 2001, il achète le château, une douzaine de maisons dans le village et de fermes isolées. Il subventionne un bar-restaurant et une épicerie. Il en fait « son »village ». Il poursuit « Festival de Lacoste » en le magnifiant, un rendez-vous incontournable des amoureux de la musique, du théâtre et de l’opéra, chaque juillet dans les anciennes carrières du Marquis. Depuis 2010, le château du divin Marquis devient aussi un centre d’exposition d’art contemporain.
Lacoste, un village d’art, à n’en point douter. J’y retournerai.